Au cœur du quartier historique de Fahadan, à Yazd, se trouve l’un des monuments les plus mystérieux de la ville : la Prison d’Alexandre, également connue sous le nom d’École Ziyaieh.
Son nom intrigue immédiatement les voyageurs. Alexandre le Grand aurait-il réellement construit une prison à cet endroit ?
La réponse est beaucoup plus complexe.
Malgré son nom célèbre, les historiens et les chercheurs ne disposent pas de preuves suffisamment solides permettant d’affirmer que le bâtiment actuel était une prison construite par Alexandre le Grand. Le monument est aujourd’hui généralement identifié comme l’École Ziyaieh, et son histoire remonte au XIIIe siècle. Sa construction est traditionnellement associée à Zia al-Din Hossein Razi, puis l’ensemble aurait été complété par ses fils au début du XIVe siècle.
Le nom de « Prison d’Alexandre » semble donc davantage lié à une tradition historique et à des récits locaux qu’à une fonction démontrée archéologiquement. Cette incertitude fait justement partie du charme du monument.
Sur le plan architectural, le bâtiment est particulièrement remarquable par sa grande coupole en briques crues et par l’utilisation importante de la terre dans sa construction. Son architecture est généralement associée au développement de l’architecture dite azérie ou irano-mongole, qui s’est développée en Iran à l’époque ilkhanide.
L’un des aspects les plus intéressants est l’absence de décorations très colorées que l’on associe souvent aux monuments religieux iraniens. Ici, la brique et la terre dominent, créant une architecture sobre, massive et parfaitement adaptée à l’environnement de Yazd.
Le bâtiment possède également une cour intérieure et des espaces organisés autour de celle-ci. Comme dans de nombreux édifices traditionnels de Yazd, cette organisation permettait de créer un espace plus protégé du soleil et des températures extrêmes du désert.
Et c’est justement ce qui rend l’architecture de Yazd si fascinante.
La ville a développé pendant des siècles des solutions architecturales adaptées à un climat extrêmement chaud et sec : murs épais en terre, cours intérieures, espaces semi-enterrés, passages couverts et systèmes de ventilation naturelle. L’UNESCO considère d’ailleurs la ville historique de Yazd comme un exemple exceptionnel d’adaptation de l’habitat humain à un environnement désertique.
Alors, Prison d’Alexandre ou École Ziyaieh ?
Scientifiquement, il est plus prudent de parler de l’École Ziyaieh tout en conservant le nom historique de « Prison d’Alexandre », car l’identité exacte et la fonction originelle de certaines parties du monument restent discutées.
Et peut-être que cette part de mystère est précisément ce qui rend le lieu si fascinant.
À Yazd, même les murs semblent avoir plusieurs histoires à raconter.